Bientôt ici les traces des journées de formation vécues en compagnie de Louis Espinassous.

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Vivre une journée avec Louis, c'est mélanger les contes et histoires, les petites manipulations magiques au bord du sentier, les anecdotes scientifiques ou historiques, les moments de créations pures et une impression d'enfin se reconnecter à l'essentiel.

Cette page essayera de retracer "en vrac" tous ces moments qui nous ont été proposés.

Contes - histoires - poèmes


Pomme à conter

(ou le pommier de la Reine Jeanne) - avant de croquer une pomme entièrement, jusqu'à la mouche
Dans le château de la Reine Jeanne, un grand jardin il y avait. Dans le jardin de la Reine Jeanne, un grand pommier il y avait. C’était le père de mon grand-père qui ramassait dans son grand sac toutes les pommes du grand pommier.
  • Pomme à croquer, conte à conter
  • Pomme dorée, histoire vraie
  • Et pomme rousse, pour histoire douce
Hier c’était mon défunt père qui ramassait dans son grand sac toutes les pommes du grand pommier.
  • Pomme à croquer, conte à conter
  • Pomme dorée, histoire vraie
  • Et pomme rousse, pour histoire douce
Et à mon tour m’en suis allé sous le pommier de la Reine Jeanne. J’ai ramassé dans mon grand sac toutes les pommes du grand pommier
  • Pomme à croquer, conte à conter
  • Pomme dorée, histoire vraie
  • Et pomme rousse, pour histoire douce
Grand sac ouvert, pomme par terre. En voici une, en voici deux, c’est celle-là que je cherchais, c’est celui-là que je cherchais…

Par Louis Espinassous :
pomme_a_conter.wmv (6.7MB)

La minute informative
Quelques châteaux dits « de la Reine Jeanne » :
Château du Malvan
Situé en Vence, les premiers écrits mentionnant son existence dateraient du XIe siècle.
Une légende rôde autour du château du Malvan, appelé aussi "Château de la reine Jeanne" (il s’agit ici de Jeanne 1ère de Naples), bien qu'il soit peu probable que cette dernière y soit un jour passée :
On raconte que, suite à l'assassinat de son époux André de Hongrie, la reine dut s'enfuir. Elle se serait réfugiée dans le château des Malvans pour y abriter, un soir de Noël, ses amours avec son page Aubépin. Mais celui-ci sera assassiné d'un coup de poignard dans le dos et mourra dans les bras de la reine. Dix ans plus tard, la reine reviendra au château et découvrira à l'endroit de la mort d'Aubépin, un superbe buisson d'aubépine.
(source : http://terres-d-aqui.overblog.com/)
  • image chateau_du_malvan.jpg (0.2MB)







(source photo : http://sentiers.village.free.fr/Sortie38/Sortie38.htm)

Château de Roquemartine
Cette bâtisse actuellement en ruine est situé sur la commune d'Eyguières (Bouches-du-Rhône) au lieu de Roquemartine. Il est appelé « castellas de Roquemartine » ou « château de la Reine Jeanne » et appartenait à la famille d'Albe ou d'Aube. Il date des XIIe et XIIIe siècles.
Le château de Roquemartine ressemble au château des Baux. Il se dresse au sommet de hautes falaises dénudées dont les pentes herbeuses sont fréquentées par des troupeaux de moutons.
NDLR : Il s’agit ici également de Jeanne 1ère de Naples. Je n’ai trouvé aucune précision signalant que la Reine soit réellement passée dans ce château…
(source : wikipédia)
  • image chateau_de_roquemartine.jpg (37.6kB)







(source photo : http://www.elan-lambescain.fr/)

Château de Guillaumes
La commune de Guillaumes, dans les Alpes-Maritimes a également son château de la Reine Jeanne. Mais il s’agit ici de Jeanne de Laval, épouse du roi René 1er d’Anjou. Ce château, reconstruit au XIIIe siècle, aurait été remanié par le Roi en 1450, à des fins de protection de la cité environnante. La Reine n’y aurait cependant pas séjourné.
(source : http://montnice.fr/cartographie/fr/vestiges-du-chateau-reine-jeanne-guillaumes)
  • image chateau_de_guillaumes.png (1.0MB)







(source photo : https://www.guillaumes.fr/le-chateau-de-guillaumes/)


J'aime l'âne si doux

(Francis Jammes) - en passant devant un houx, puis en faisant un moulin d'une de ses feuilles (voir chapitre "petites manipulations"

J'aime l'âne si doux
marchant le long des houx.
Il a peur des abeilles
et bouge ses oreilles.
Il va près des fossés
d'un petit pas cassé.
Il réfléchit toujours
ses yeux sont de velours.
Il reste à l'étable
fatigué, misérable.
Il a tant travaillé
que ça vous fait pitié.
L'âne n'a pas eu d'orge
car le maître est trop pauvre.
Il a sucé la corde
puis a dormi dans l'ombre.
Il est l'âne si doux
marchant le long des houx…

La minute informative
Houx = bois des prestations, c’est-à-dire paiement du travail de cassage de cailloux sur les routes :
- marteau des prestations avec manche en houx car bois souple
- sac de farine sous les genoux pour ne pas avoir mal.
Houx = bois des chaudronniers :
- manche des marteaux en houx, qui amorti les chocs et évite de casser les plantes des tonneaux
Houx = bois du bouvier :
- pic du bouvier en bois de houx car ne perce pas la peau du bœuf
C’est un bois avec une bonne résilience (càd capacité de se plier et se redresser)

Francis Jammes (prononcer [?am] et non [d??ms]), né à Tournay (Hautes-Pyrénées) le 2 décembre 1868 et mort à Hasparren (Basses-Pyrénées, aujourd'hui Pyrénées-Atlantiques) le 1er novembre 1938, est un poète, romancier, dramaturge et critique français. Il passa la majeure partie de son existence dans le Béarn et le Pays basque, principales sources de son inspiration.
image Francis_Jammes_en_1917.jpg (13.6kB)
(source photo : wikipédia)

Voici, ci-dessous, le texte complet de son poème :

  • J'aime l'âne si doux (Francis Jammes)
  • J'aime l'âne si doux
  • marchant le long des houx.
  • Il prend garde aux abeilles
  • et bouge ses oreilles ;
  • et il porte les pauvres
  • et des sacs remplis d’orge.
  • Il va, près des fossés,
  • d'un petit pas cassé.
  • Mon amie le croit bête
  • Parce qu’il est poète.
  • Il réfléchit toujours.
  • Ses yeux sont de velours.
  • Jeune fille au doux cœur,
  • Tu n’as pas sa douceur :
  • Car il est devant Dieu
  • L’âne doux du ciel bleu.
  • Et il reste à l'étable,
  • fatigué, misérable,
  • Ayant bien fatigué
  • Ses pauvres petits pieds.
  • Il a fait son devoir
  • Du matin jusqu’au soir.
  • Qu’as-tu fait jeune fille ?
  • Tu as tiré l’aiguille…
  • Mais l’âne s’est blessé :
  • La mouche l’a piqué.
  • Il a tant travaillé
  • que ça vous fait pitié.
  • Qu’as-tu mangé petite ?
  • T’as mangé des cerises.
  • L'âne n'a pas eu d'orge
  • car le maître est trop pauvre.
  • Il a sucé la corde,
  • puis a dormi dans l'ombre.
  • La corde de ton cœur
  • N’a pas cette douceur.
  • Il est l'âne si doux
  • marchant le long des houx.
  • J’ai le cœur ulcéré :
  • ce mot-là te plairait.
  • Dis-moi donc, ma chérie,
  • Si je pleure ou je ris ?
  • Va trouver le vieil âne,
  • Et dis-lui que mon âme
  • Est sur les grands chemins,
  • Comme lui le matin.
  • Demande-lui, chérie,
  • Si je pleure ou je ris ?
  • Je doute qu’il réponde :
  • Il marchera dans l’ombre,
  • Crevé par la douceur,
  • Sur le chemin en fleurs.

Et une interprétation d’Audrey Gambassi . Adaptation et musique de Lionel Mazari


L'églantier et le souffle divin

- devant un églantier, tout en observant que ses tiges retombent toujours vers le sol
Avant, les églantiers poussaient tout droit.
Auparavant, le Diable habitait sur Terre et n’avait qu’une idée, allez foutre le boxon au Paradis. Un jour en se promenant, il passe devant un églantier. A cette époque, ceux-ci poussaient tout droit.
Il se dit : « mais ça, c’est comme sur les bateaux, comme sur les trois-mâts. Ça ferait une échelle de perroquet géniale pour monter foutre la pagaille au paradis ! »
Il pousse trois coups dans … ? et l’églantier grandit jusqu’en haut. Et le Diable commence à monter.
Il y avait le Bon Dieu, le Jésus, le Saint Pierre, qui étaient en train de prendre le frais sur le canapé ; Saint Pierre sort sur le balcon et il voit la plante grimper, et derrière le Diable qui monte. Il va retrouver le Jésus, le Bon Dieu : « le Diable arrive ».
Le Jésus, ou le Bon Dieu, ou le Saint Esprit (je ne sais pas, j’y étais pas), sans se tracasser, va tranquillement au balcon. Et vous savez : le Souffle Divin, c’est quelque chose le Souffle Divin… Il a simplement soufflé doucement sur l’extrémité de l’églantier qui n’a pas su résister et s’est courbé jusqu’à revenir toucher le sol. Et le Diable s’est retrouvé culbuté à terre, sans savoir remonter.
Depuis, l’églantier a des tiges qui poussent d’abord droit vers le ciel puis qui courbent et se penchent vers le sol. Et les épines également, ne poussent pas toutes droites comme celles des ronces mais rebiquent toujours vers le bas.

Par Louis Espinassous :
leglantier_et_le_souffle_divin.wmv (15.1MB)

Les 3 sœurs et le crapaud


C’était trois sœurs, l’ainée, la moyenne, la cadette, toutes belles, toutes mignonnes. Elles sont toutes les trois sur le chemin qui passe juste en-dessous du château du prince. L’ainée se prend à rêver : « ah le prince ! Si j’épousais le prince, j’aurai du pouvoir, des domestiques, des soldats pour me protéger, … Ah si je pouvais épouser le prince ! ». La deuxième : « ah le prince ! Si j’épousais le prince, j’aurai la richesse, j’aurai des terres, j’aurai le château lui-même … Ah si je pouvais épouser le prince ! ». Et la cadette : « ah le prince ! Si j’épousais le prince, je serai princesse. On serait amoureux et on aurait des enfants. Ce serait merveilleux. On serait heureux. Ah si je pouvais épouser le prince ! ». A ce moment apparaît sur le chemin un gros crapaud, pustuleux et baveux qui les aborde : « bll bll bll, je suis le prince. Une méchante fée m’a jeté un sort et transformé en crapaud. Mais il suffirait qu’une de vous m’embrasse et je redeviendrai un prince. » L’ainée, dégoutée : « Baaaah, avec une peau comme ça… même pour tout le pouvoir du monde, pas question » et elle s’en va. La deuxième : « Baaaaah, tout baveux comme ça… même pour toutes les richesses du monde, pas question » et elle quitte le lieu. La dernière regarde le crapaud, un peu hésitante, puis le prend dans ses bras et l’embrasse. Et le crapaud s’encourt en rigolant : « c’était une blague, c’était une blague ! »

Par Louis Espinassous :
les_trois_soeurs_et_le_crapaud.wmv (36.5MB)

Djenkoumaya et Babamaya

- devant une grosse loupe d’arbre (mieux encore, plusieurs loupes)
Djenkoumaya était pauvre, mais futé.
Ce jour-là, il a très envie de se faire un petit rôti de lapin. Il avait constaté que les lapins adoraient les myrtilles. Il s’est alors couché au milieu des myrtilles et s’en est mis dans le nez et tout autour de lui. Puis il a attendu. Les petits lapins, sentant les myrtilles sont arrivés : « Mais c’est Djenkoumaya, mais c’est le pauvre Djenkoumaya qui est étendu… Peut-être qu’il est mort ? On va le ramener à sa femme ». Il est lourd Djenkoumaya, alors ils se sont mis à plusieurs et ils ont tiré… tiré jusqu’à la maison de Djenkoumaya. Ils sont arrivés à la porte de sa maison, ils l’ont ouverte, ils ont rentré Djenkoumaya et là, Djenkoumaya s’est réveillé… Hop il a fermé la porte, capturant ainsi tous les petits lapins. Et il a fait la cuisine… et ça sentait bon…
Il y a Babamaya, le riche, qui passe à ce moment près de la maison et s’exclame « Mais Djenkoumaya, quelle bonne odeur ! » « Et bien viens, entre. J’ai tellement de lapin, je peux t’en offrir. » « Oui, répond Babamaya, mais moi ce qui m’intéresserait c’est d’avoir tous ces lapins. » « Ah ben c’est très simple. Tu vas dans la forêt, tu te couches, tu te mets des myrtilles dans le nez et des myrtilles tout autour et t’inquiète pas… Les lapins vont arriver et se dire Pauvre Babamaya, on va le ramener chez lui. Et puis tu fermeras la porte et tu auras plein de petits lapins à croquer. »
Babamaya est parti, s’est étendu dans la forêt, s’est mis des myrtilles partout et les petits lapins sont arrivés : « Oh, mais c’est Babamaya ! Oui, mais peut-être qu’il nous fait le même coup que Djenkoumaya ? Peut-être qu’il n’est pas mort ? » Alors les petits lapins ont commencé à sauter sur Babamaya, et à faire des petites crottes dessus. Et quand Babamaya a ouvert les yeux, il était recouvert de petites crottes, mais plus un seul lapin. Il est furieux : « Ah mais Djenkoumaya, il ne va pas m’avoir comme ça ! »
Un autre jour, Djenkoumaya est monté dans un arbre et a mis de la résine sur les branches puis les a garnies de petites baies. Il est redescendu et a attendu. Des coqs de bruyère se sont posés pour manger les baies et sont restés collés. Djenkoumaya est monté les chercher, les a cuisinés et ça sentait drôlement bon. Babamaya passe par là et dit « quelle bonne odeur, comme as-tu fait pour les capturer ? ». Djenkoumaya lui explique tout : « J’ai mis de la résine sur les branches, je suis monté dans l’arbre… » Babamaya se dit : « Ce qui m’intéresse, c’est d’avoir des coqs de bruyère pour moi. » Et là, il emmène sa femme et son chien en forêt et ils mettent de la résine sur les arbres puis y sont montés… Ils sont restés collés ! Depuis ce jour, parfois, on peut voir Babamaya, puis sa femme et son chien collés sur le tronc des arbres.

La minute informative
Qu’est-ce qu’une loupe sur un arbre ?
Il s’agit d’une malformation suite à une « attaque » par un champignon ou un insecte (selon l’essence d’arbre concernée). Celui-ci agit comme un virus informatique. Il atteint « l’ordinateur central » de l’arbre où il induit un fonctionnement archaïque. Le cambium de l’arbre (càd la couche de cellules à partir de laquelle se forme le bois) prolifère de façon anormale et produit des fibres enchevêtrées. De là apparaissent les loupes. Elles ont un intérêt en ébénisterie, pour la marqueterie ou le placage par exemple car l’enchevêtrement des fibres donne des dessins originaux et fort jolis dans le bois. Les galles résultent du même phénomène.
image tree950679_1920s.jpg (83.3kB)






(Source photo : pixabay)

Par Louis Espinassous :
djenkoumaya_et_babamaya.wmv (48.0MB)





Et pour finir, le témoignage de Violette, participante d'une journée de formation avec Louis Espinassous


Les « Journées du dehors » d’octobre furent riches et formidables de découvertes.
A cette occasion, la rencontre avec un homme venu des montagnes, Louis Espinassous et les moments de partage avec lui furent pour beaucoup des moments uniques et indescriptibles. Les émotions furent intenses, tout comme un saut dans l’enfance. Louis a partagé son expérience d’éducateur nature aguerri, humble et généreux. Il nous a fait croquer la nature à pleine dents au travers d’un voyage initiatique au plus profond de nos souvenirs.
Qui n’a jamais taillé un bâton avec un canif, ou construit une cabane en branchages dans les bois ? Marché pieds nus dans un ruisseau ou observé des insectes sous les feuilles ? Cette nature grâce à laquelle nous nous construisons et dont nous faisons, si intimement partie, était hier le terrain de jeux de notre enfance et aujourd’hui, encore, source de découvertes et de bonheur. Comme jadis, tout-petit rêveur, elle est aussi ce lieu de paix et de méditation, pour prendre ce recul, essentiel à notre équilibre. Les enfants que nous étions hier étaient vrais, ils étaient eux-mêmes, ils offraient tout dans leurs paroles, leurs pleurs et leurs sourires. Nous étions en lien avec ce jardin d’enfance qui nous berçait si bien.
Aujourd’hui encore, écoutons notre âme d’enfant, et suivons nos enfants, pour faire place à l’imprévu : s’arrêter au passage furtif d’un animal, se coucher dans les feuilles mortes, parler aux nuages ou se balancer sur un arbre.
Louis Espinassous a écrit plusieurs ouvrages comme « Au secours, nos petits enfants débarquent », Ed. Plumes de Carottes (2015), ou « Laissez-les grimper aux arbres », Les Presses d’Ile de France (2015).